Vingt ans Quand Même!

TQM 87 existe depuis plus de 20 ans. Ça sonne bien 20 ans. Le 87 qui avait complété notre sigle pour des raisons administratives se met à clignoter. Pour un peu notre durée justifierait notre existence. Si réussir c’est vivre à quarante ans comme on se rêvait à vingt ans, peut-être que la maturité d’une aventure théâtrale comme la nôtre, c’est de continuer à se rêver tel qu’on s’imaginait le jour de notre naissance.

Tout commence en 1986 au Théâtre de l’Est Parisien, à l’époque Théâtre National : un vaste chantier réunit des salariés qui écrivent et jouent un spectacle sous la direction de Georges WERLER. Gilles COSTAZ écrit dans Le Matin: «On est ahuri de voir ces cinquante personnes passer et repasser avec cette aisance et cette vérité là. Expérience exceptionnelle, cette entreprise résout, d’une manière provisoire, mais impressionnante, les problèmes des rapports du théâtre et d’un public non privilégié.» Il ajoutait : «Le critique pense – mais peut-être se trompe-t-il, que ces miracles n’ont lieu qu’une fois.»

Mais nous étions quelques-uns à penser que le miracle n’avait pas encore eu lieu. Il n’était pas question de prétention, nous nous voulions des militants du théâtre. Nous rêvions de rapprocher le monde du travail de la création théâtrale, d’explorer des thèmes qui apparaissent rarement dans les réalisations contemporaines, d’inventer de nouvelles formes d’écriture et de représentation.

Quelques spectacles plus tard la compagnie n’a rien renié de ses intentions originelles. En 1999, Gilles Costaz peut écrire dans l’Avant Scène : «Joël Beaumont et sa compagnie TQM87 font partie de ces rares équipes qui vont saisir la réalité au cœur du monde du travail.»

20 ans ont passé. Le monde a été plus vite que nous, qui «rapprocher » dans un monde sans travail ? Les thèmes que nous jugions originaux, sont devenus à la mode. Nous nous sommes adaptés, multipliant les initiatives dans tous les secteurs sociaux. Plus de dix créations ont été réalisées à partir d’un travail mené avec le public (comités d’entreprise, maisons de quartier, centres sociaux, collèges et lycées, en Ile de France comme en région…) sur des thèmes variés (les années soixante, la famille, l’entreprise, la mémoire du goût, l’évolution de la banlieue, le corps,) où l’Histoire et le destin des gens « ordinaires » occupe la première place. Nous sommes devenus une compagnie totalement professionnelle, mais sans rien renier de nos rêves, et notre activité, aujourd’hui, reste fidèle à «nos principes fondateurs » :

- Créer des œuvres d’écriture contemporaine qu’elles soient suscitées par un travail collectif, ou écrites par un auteur partageant le travail.

- Permettre à des populations qui n’ont pas spontanément accès à la culture d’avoir un rapport privilégié avec la création théâtrale en organisant des ateliers de recherche.

- Travailler sur la mémoire collective, les destins de gens ordinaires confrontés à l’Histoire, la place de l’étranger, la vie du monde du travail.

En 2006, dans Cassandre, Marc Tamet titre son article : «Au plus près du peuple (et de ses représentation)» et confirme : «Depuis vingt ans, Joël Beaumont travaille au corps un théâtre tendre, ludique et exigeant. Un théâtre d’exception, où la relation humaine et la réappropriation de la parole importent à part égale avec la vitalité des représentations. Partant du collectage des mots des habitants, il écrit des textes inattendus, dont les thèmes échappent au fait divers et tracent sur le plateau des portraits et des histoires simples et émouvantes.»